Vins en canette et vins chinois : pour le vin naturel aussi ? L’avis de JP Robinot

Depuis le succès de Vinexpo (le 16 et le 20 Juin à Bordeaux), de nombreux articles fleurissent sur la toile : achats de grandes enseignes par des entreprises asiatiques, nouveaux pays exportateurs, parts de marché de la vente en ligne de vins…

Seule ombre au tableau ? Ces données ne sont pas représentatives des vins naturels mais qualifient les vins dans leur ensemble.

Alors comment quantifier la vente de vins nature parmi toutes ces données ? Faut-il craindre une nouvelle concurrence ?

Jean-Pierre Robinot, vigneron engagé à Chahaignes (Sarthe), amoureux du vin et de son travail, mais surtout spécialiste des vins nature a accepté de répondre à quelques questions.

 

La consommation de vin nature a augmenté de plus de 10 % par an en France en quelques années seulement. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?

La consommation des vins naturels a grandi tranquillement. Les premiers bars à vins nature ont commencé à éclore vers la fin des années 80. A cette époque, on en comptait seulement quatre dans Paris. C’est peu dire.

Aujourd’hui au contraire, il y a une diminution de la consommation de vins dits « classiques ». Je pense que les gens ne veulent plus de vins frelatés (avec addition de produits chimiques).  Il y a une prise de conscience collective sur les méfaits des sulfites. Ils sont présents dans notre vie quotidienne, du coup il vaut mieux limiter leur apport ce qui est possible grâce aux vins nature.

Il y a autre chose aussi : un vin nature c’est soyeux, subtil et pur. Quand on en a pris conscience, impossible de revenir en arrière.

 

Par rapport à la consommation mondiale de vin nature ou se situe la France ? Sommes-nous les cancres de la production sans soufre ?

Au contraire ! Je suis presque sûr que les français  sont les leaders dans la consommation et la production de vin sans soufre.

Les Français ont été les premiers à se lancer dans l’aventure du vin nature. Depuis environ 10-12 ans, ils ont pris de l’ampleur, et c’est en particulier grâce à Jules Chauvet que nous en sommes là aujourd’hui. (NDLR : Jules Chauvet : père fondateur du mouvement des vins naturels)

 

De nouveaux concurrents émanent sur le marché du vin en général : on parle notamment de la Chine, du Chili, de l’Australie, et même d’Afrique du Sud. Ces pays sont-ils aussi des producteurs de vins nature ? Faut-il craindre une concurrence ?

C’est vrai que l’info commence à passer. J’ai récemment rencontré des producteurs de vins naturels d’Afrique du Sud et du Chili.

Pour la concurrence, je n’ai pas vraiment peur. Pour faire des vins nature, il faut un certain mode de pensée. Les autres pays producteurs vont peut-être en prendre conscience et le comprendre, mais ils ne pourront pas le faire à notre niveau.  Avant de réussir à faire des vins nature comme nous, il faut des années d’expérience car c’est un processus long et les méthodes de travail sont très rigoureuses.

Et même si les vins sans ajouts commencent à être de plus en plus connus, ils dérangent toujours autant. Il suffit de regarder le numéro d’avril de Réussir sa vigne. Le titre ? « Les vins nature qui dérangent ».

 

Pensez-vous que le vin nature soit un effet de mode ?

Non.  Nous sommes en quelque sorte des artistes du vin. Les gens ont pris conscience de cela, et ils veulent faire attention à ce qu’ils boivent.

Nos vins sont signés, ils racontent une histoire, et sont reconnaissables. Quand on a gouté des vins naturels c’est impossible de boire autre chose. Pour ma part, ça fait 30 ans que cela dure.

 

On entend beaucoup parler en ce moment de vin en canettes. Le flaconnage de nos bouteilles n’est-il pas pourtant un élément essentiel de la bonne conservation du vin ? Les canettes de vins pourront-elles contenir des vins nature?

Les vins en canettes ça fait 10 ans que j’en parle ! Pour le flaconnage c’est Ball (leader américain de l’emballage) qui s’en charge donc tout doit être méticuleusement étudié.

Je pense qu’il faut savoir l’adapter en fonction des vins. L’idéal serait des pétillants en canettes que l’on puisse distribuer dans toutes les boites de nuits parisiennes.

En revanche, cela ne concernerait que les vins à consommer rapidement, et pas ceux élevés en barriques pendant 3 ans ! Il faut quand même faire attention.

 

 

Jean-Pierre Robinot (Les vignes de l’Angevin) est vigneron à Chahaignes, dans la Sarthe. D’abord gérant d’un bar à vins naturels à Paris, il décide de partir créer ses propres vins et devenir « un artiste ». Aujourd’hui reconnu dans le monde viticole, il reste très engagé dans la lutte contre l’ajout de sulfites et intrants oeonologiques : vice-président de l’association Vins S.A.I.N.S et membre de l’AVN.

 

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Publié le: juillet 4, 2013

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